Intestin irritable
Diagnostic, régime, FODMAP
Cette semaine sur Super Docteurs, j’ai reçu le Dr Chloé Melchior, gastro-entérologue au CHU de Rouen, qui travaille sur la prise en charge diététique du syndrome de l’intestin irritable (SII). Voici l’essentiel de ce qu’elle m’a partagé, avec tout ce qu’il vous faut pour améliorer votre pratique dès demain.
1. Poser le diagnostic sans surcharger le bilan
Le SII touche environ 4 % de la population générale. C’est un diagnostic avant tout clinique, fondé sur les critères de Rome V: douleurs abdominales survenant au moins une fois par semaine, associées à des troubles du transit (diarrhée, constipation, ou alternance des deux). Le lien entre douleur et transit est indispensable, si les douleurs sont indépendantes du transit, partez sur d’autres diagnostics.
Chez un patient jeune (< 50 ans), sans signe d’alarme, le bilan minimal suffit :
NFS + CRP pour éliminer une anémie ou une inflammation
C’est tout. Pas besoin d’endoscopie.
Les signes d’alarme qui doivent faire aller plus loin :
Perte de poids
Symptômes nocturnes
Sang dans les selles
Antécédent familial de cancer colique
Modification récente des symptômes chez un patient connu SII
Chez un patient avec diarrhée prédominante, le bilan s’élargit :
Anticorps anti-transglutaminases IgA (maladie cœliaque)
Calprotectine fécale (sur prescription gastro, remboursée)
Examen parasitologique des selles sur 3 jours
Bilan endoscopique avec biopsies pour éliminer une colite microscopique
2. Le régime : commencer simple, aller complexe ensuite
Entre 70 et 80 % des patients ont des symptômes déclenchés par l’alimentation. La prise en charge diététique est leur traitement préféré, et c’est là que beaucoup de médecins se trompent d’ordre.
Étape 1 — Les conseils diététiques traditionnels
C’est le traitement de première intention, y compris pendant l’attente du bilan. Ces conseils sont efficaces chez une large proportion de patients :
Repas réguliers, bien mâcher, prendre le temps de manger
Boire suffisamment d’eau
Pas plus de 2 cafés ou thés par jour
Réduire le gras, l’épicé, l’alcool
Activité physique régulière
Simple. Applicable en consultation. Efficace. C’est la base avant tout le reste.
Étape 2 — Le régime FODMAP, mais encadré
Le FODMAP (Fermentable Oligo-Di-Mono-saccharides And Polyols) élimine les glucides fermentescibles mal absorbés par le tube digestif. Il est très médiatisé, et souvent initié en autonomie par les patients, ce qui est un problème.
Il se prescrit en 3 phases :
Phase 1 (4 semaines) : restriction stricte de tous les FODMAP. Si aucune amélioration au bout de 4 semaines → arrêt, le régime n’est pas indiqué.
Phase 2 (6 à 10 semaines) : réintroduction progressive famille par famille (lactose, fructose, fructanes, polyols…) pour identifier les aliments déclencheurs. Phase longue et délicate, le stress intercurrent peut fausser les résultats.
Phase 3 : personnalisation du régime sur le long terme, avec un niveau de restriction adapté au seuil de tolérance individuel.
Règle pratique : ne jamais prescrire le FODMAP sans diététicien.
Le diététicien apporte deux choses essentielles: elle identifie les excès alimentaires simples qui peuvent suffire à réduire les symptômes (2 litres de Coca par jour = consommation massive de fructose), et elle accompagne le patient dans l’organisation concrète du régime dans sa vie sociale et professionnelle, notamment pour les sportifs, dont les snacks habituels sont presque tous incompatibles avec le FODMAP.
3. Le risque que vous ne voyez peut-être pas assez : les troubles du comportement alimentaire
C’est le point que Chloé Melchior a insisté à souligner, et c’est probablement la contre-indication la plus sous-évaluée en pratique.
Le FODMAP est contre-indiqué (ou à manier avec une extrême précaution) chez :
Les patients avec un antécédent de trouble du comportement alimentaire
Les profils obsessionnels ou à tendance restrictive
L’ARFID (Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder), inscrit dans le DSM-5 depuis 2013, est à connaître. Il s’agit d’une restriction alimentaire croissante par peur des symptômes digestifs, fréquent dans les populations autistes, et potentiellement induit par une prescription de FODMAP non encadrée. Ces patients commencent par éliminer un aliment, puis un autre, et finissent par manger du riz et du poulet.
Avant de prescrire le FODMAP, posez-vous la question : ce patient est-il à risque ? Si le moindre doute existe, orientez d’abord vers un diététicien.
Ce que vous pouvez faire dès demain
Chez un patient jeune sans drapeau rouge avec constipation prédominante → diagnostic clinique + biologie minimale. Pas d’endoscopie.
Prescrivez les conseils classique d’hygiène diététique en première intention, avant même d’avoir le résultat du bilan.
Réservez le FODMAP à la deuxième intention, toujours avec un diététicien.
Avant toute prescription de FODMAP: screenez les troubles du comportement alimentaire.
Revoyez le patient après les 4 premières semaines — ce n’est pas un régime qu’on laisse tourner seul.
Ressources mentionnées dans l’épisode
Application Monash University : liste des aliments et leur teneur en FODMAP — utile à recommander aux patients en complément d’un suivi diététique
APSI (Association des Patients souffrant du Syndrome de l’Intestin irritable) : site internet avec contacts régionaux de diététiciens spécialisés et de médecins formés
🎓 Outil du mois: comment se former efficacement quand on est un médecin sérieux, et pressé?
On en parle souvent, mais dans la réalité, se former quand on est en exercice reste difficile: peu de temps, formats trop longs, contenus parfois peu applicables. C’est pour ça que j’ai accepté de collaborer avec Practimed, j’ai déjà un compte chez eux et c’est vraiment top. C’est une plateforme de formation conçue par des médecins, pour des médecins généralistes, avec des formats courts (environ 15 minutes), concrets et directement utiles en consultation.
Des vidéos ciblées, des fiches pratiques téléchargeables, et des sujets qui couvrent à la fois le médical, le technique et l’organisationnel.
On la présente souvent comme le “Netflix de la médecine”, et pour le coup, c’est assez fidèle à l’usage.
Si vous cherchez à vous former sans y passer des heures, ça mérite d’y jeter un œil.
👉 Saisissez lors de votre inscription sur le site de practimed SUPERA (vous avez 20% de réduction sur l’abonnement annuel = 220 euros seulement) ou SUPERB (vous avez 20% de réduction sur l’abonnement mensuel = 20 euros seulement par mois!)
⏳ Offre valable uniquement du 4 au 24 mai.


> Bravo - je prends ces recommendations comme une piqure de rappel (car on a déjà entendu parler de "l'intestin irritable" sur cette chaîne), ce qui est toujours très bénéfique.
> Un commentaire sur ce point : "Ces patients commencent par éliminer un aliment, puis un autre, et finissent par manger du riz et du poulet."
C'est ce qui m'est arrivé ...lorsque j'allaitais mon bébé et qu'il avait des coliques du nourrisson.
Effectivement, il en avait beaucoup moins. Mais la jeune maman allaitante est rapidement tombée dans un piteux état, due à des carences mutiples (combinées au manque de sommeil).