Médecine narrative
👨⚕️ Salut les supers docteurs,
Cette semaine, je vous emmène vers une discipline que j’ai découverte il y a quelques années et qui a changé quelque chose dans ma façon d’être en consultation. Elle s’appelle la médecine narrative. Et je pense qu’elle peut changer quelque chose pour vous aussi.
C’est quoi, la médecine narrative?
C’est une discipline créée dans les années 2000 par Rita Charon, médecin et docteure en littérature à l’Université de Columbia. L’idée de départ est simple: nos patients nous racontent des histoires. Et nous, en tant que soignants, nous ne sommes pas toujours bien équipés pour les entendre vraiment.
La médecine narrative utilise la lecture, l’écriture et le partage pour entraîner cette capacité d’écoute. Ce n’est pas de la psychologie, ce n’est pas du développement personnel. C’est une méthode pédagogique rigoureuse, avec des ateliers codifiés et des données scientifiques derrière.
Ce que dit la science
Une revue de la littérature recensant 36 enseignements de médecine narrative dans le monde, États-Unis, Canada, Chine, Taïwan, montre de façon assez constante une amélioration de l’empathie des soignants qui la pratiquent régulièrement. Elle améliore aussi la réflexivité, cette capacité à prendre du recul sur sa pratique et à mieux anticiper les situations difficiles. Et elle permet, tout simplement, de prendre soin de soi. Ce qui n’est pas un détail dans nos métiers.
Un atelier, concrètement, ça ressemble à quoi ?
Mon invitée Solène Blanchin, qui enseigne la médecine narrative à Bordeaux, m’a décrit un format en trois phases :
Une lecture attentive d’un support: roman, autobiographie, poésie, BD, extrait de film, avec un lien fort avec le soin ou la maladie.
Une phase d’écriture courte, 5 à 15 minutes, sur une consigne donnée. Par exemple: racontez une consultation où vous avez été mal à l’aise. Ou: poursuivez ce texte de patient en vous mettant à sa place.
Un partage volontaire des écrits, dans un climat de confidentialité et de bienveillance.
Ce qui ressort de ces ateliers, selon les participants: une créativité retrouvée, une meilleure tolérance à l’incertitude, et une façon de se nourrir des histoires des patients plutôt que de s’épuiser à les porter.
Et au cabinet, sans formation, on peut s’en inspirer?
C’est la vraie question. Voici ce que mon invitée conseille concrètement:
Lire. Pas forcément des livres de médecine. Des romans, des autobiographies, des récits de patients. On entraîne notre attention aux histoires des autres, et ça se transfère en consultation.
Écrire après les consultations difficiles. Pas un compte-rendu. Juste deux phrases sur ce que vous avez ressenti. Ce qui vous a contracté. Ce qui est resté. Je commence à pratiquer cela! (J’ai acheté une Remarkable pour l’occasion.)
Changer une question en consultation. Plutôt que l’interrogatoire classique pour un nouveau patient, essayer: “Dites-moi tout ce que vous pensez être important sur votre histoire de vie.” Les réponses sont d’une autre nature. Et parfois, elles changent complètement ce qui se passe ensuite.
Rebondir sur les métaphores. Quand un patient utilise une image, un mot inattendu, un silence; s’y arrêter. C’est souvent là que se cache le vrai motif de consultation.
Les ressources pour aller plus loin
Pour lire : le livre de référence est “Médecine narrative — Principes et pratiques” de Rita Charon. C’est dense, c’est riche, ça touche à la phénoménologie et à l’intersubjectivité, mais ça se lit, et ça marque. Il y a deux volumes.
Pour se former sans s’engager dans un cursus : Isabelle Galichon propose des ateliers mensuels en ligne, gratuits, via l’Université de Bordeaux.
Pour un diplôme universitaire : le DU de médecine narrative de Bordeaux (coordinatrice : Isabelle Galichon) et le certificat universitaire de Paris-Cergy (coordinatrice : Anne-Marie Petitjean).
Pour les plus jeunes : l’association Ikaïros propose des ateliers gratuits en ligne le dimanche soir, dédiés aux étudiants en santé: médecine narrative, communication non-violente, méditation.
Je terminerai par une citation d’un interne en médecine que Solène a recueillie dans ses entretiens de recherche, et qui résume mieux que je ne saurais le faire ce dont il s’agit:
“La médecine narrative permet de porter un vrai intérêt à la vie des gens, comme un écrivain peut glaner des récits de vie pour en faire matière à la création.”
🎓 Outil du mois: comment se former efficacement quand on est un médecin sérieux, et pressé?
On en parle souvent, mais dans la réalité, se former quand on est en exercice reste difficile: peu de temps, formats trop longs, contenus parfois peu applicables. C’est pour ça que j’ai accepté de collaborer avec Practimed, j’ai déjà un compte chez eux et c’est vraiment top. C’est une plateforme de formation conçue par des médecins, pour des médecins généralistes, avec des formats courts (environ 15 minutes), concrets et directement utiles en consultation.
Des vidéos ciblées, des fiches pratiques téléchargeables, et des sujets qui couvrent à la fois le médical, le technique et l’organisationnel.
On la présente souvent comme le “Netflix de la médecine”, et pour le coup, c’est assez fidèle à l’usage.
Si vous cherchez à vous former sans y passer des heures, ça mérite d’y jeter un œil.
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