Soigner en prison
Un univers clos et méconnu
👨⚕️ Salut les supers docteurs,
Cette semaine, nous avons exploré un univers médical méconnu et pourtant essentiel : la médecine en milieu carcéral. Comment soigne-t-on en prison ? Quels sont les défis médicaux et éthiques ? J’ai eu l’honneur d’en discuter avec le Dr Béatrice Carton, médecin généraliste en prison depuis plus de 20 ans, cheffe de service des unités sanitaires des prisons de Bois-d’Arcy et de Versailles, et présidente de l’APSEP (Association des Professionnels de Santé Exerçant en Prison).
📌 Ce qu’il faut retenir :
🔹 Un exercice unique et méconnu
La médecine en prison est à mi-chemin entre la médecine de ville et l’hôpital, avec une prise en charge complète et pluridisciplinaire.
Chaque établissement pénitentiaire dispose d’une unité médicale dépendant d’un hôpital de rattachement.
Les locaux et conditions de travail varient énormément d’une prison à l’autre.
🔹 Les pathologies fréquentes en détention
Addictions (tabac, alcool, stupéfiants), troubles psychiatriques et maladies chroniques (diabète, HTA) sont surreprésentés.
Une forte précarité avant l’incarcération explique des états de santé souvent dégradés à l’arrivée en prison.
L’absence de continuité des soins après la sortie est un enjeu majeur.
🔹 Un accès aux soins sous contraintes
Pas de téléphone : les patients prennent rendez-vous en déposant une demande écrite dans une boîte aux lettres sécurisée.
Urgences gérées via les surveillants pénitentiaires, qui contactent le service médical.
Certains soins sont possibles sur place (sutures, radiologie, dentisterie…) mais les cas lourds nécessitent un transfert hospitalier.
🔹 L’éthique au cœur de la pratique
Faut-il savoir pourquoi un patient est incarcéré ? Béatrice Carton choisit de ne pas consulter ces informations pour ne pas biaiser la relation médecin-patient.
La confidentialité et le respect du secret médical sont des principes fondamentaux à préserver, même en prison.
Pourquoi soigner des criminels ? Le serment d’Hippocrate s’applique à tous : le médecin soigne sans juger.
🔹 Sécurité et conditions de travail
Les consultations se déroulent sans la présence des surveillants pour garantir la confidentialité.
Certains détenus jugés dangereux peuvent être menottés ou surveillés à distance, mais Béatrice privilégie une approche sans contrainte physique.
Contrairement aux idées reçues, elle ne s’est jamais sentie plus en danger en prison qu’aux urgences hospitalières.
🔹 Anecdotes et moments marquants
Les détenus expriment souvent leur gratitude avec les moyens modestes dont ils disposent : dessins, gâteaux faits en cellule…
La prison, loin d’être un monde hermétique, est un reflet de la société, avec ses parcours de vie bouleversants et ses destins parfois tragiques.
🎧 Un épisode passionnant qui brise les idées reçues sur la médecine carcérale et met en lumière un exercice médical hors du commun.
Le livre de mon invité est disponible ici
Un des message clé de cet épisode: poussez les portes! Comme souvent: personne ne vous attend. Si vous souhaitez découvrir une pratique, passer un coup de fil ou directement au cabinet d’un praticien qui pourra vous montrer comment il fait. Béatrice Carton m’a rappelé l’importance pour les plus jeunes d’entre nous d’oser tirer des blouses pour découvrir de nouveaux mondes (médicaux!). Si la médecine en milieu carcéral vous intéresse, vous pouvez demandez à l’APSEP (Association des Professionnels de Santé Exerçant en Prison).
A la semaine prochaine ! 🎙️

